Une seconde après : les leçons survivalistes de William R. Forstchen
Une seconde après : les leçons survivalistes du roman de William R. Forstchen
Et si, en une seconde, une grande partie de notre monde moderne cessait simplement de fonctionner ?
C'est la question vertigineuse posée par Une seconde après, titre français du roman One Second After de William R. Forstchen.
Publié en 2009, ce roman catastrophe imagine les conséquences d'une attaque par impulsion électromagnétique (IEM ou EMP) sur les États-Unis. Le récit décrit alors une société confrontée à des ruptures brutales : électricité, communications, transports, approvisionnement alimentaire, soins et organisation collective.
Le scénario est volontairement dramatique et certaines situations appartiennent clairement à la fiction romanesque. Il serait donc imprudent de considérer ce livre comme un manuel de survie ou comme la description certaine de ce qui se produirait réellement.
Mais le roman soulève une question particulièrement intéressante pour le survivalisme pragmatique :
De quoi avons-nous réellement besoin pour continuer à vivre lorsque les systèmes dont nous dépendons cessent temporairement de fonctionner ?
Et c'est sous cet angle que Une seconde après devient une lecture particulièrement intéressante.
Un roman catastrophe, pas un manuel de survie
Avant d'en tirer des enseignements, il faut garder une certaine distance avec le récit.
William R. Forstchen raconte avant tout une histoire. Le rythme, les événements et leurs conséquences sont construits pour créer de la tension et provoquer une réaction émotionnelle chez le lecteur.
La réalité d'une catastrophe technologique dépendrait de nombreux paramètres : son origine, son étendue, les infrastructures touchées, les capacités de réparation, la durée de la perturbation et les ressources disponibles localement.
La bonne question n'est donc pas :
« Est-ce exactement ce qui se passerait ? »
La question intéressante est plutôt :
« Quelles vulnérabilités ce roman nous permet-il d'identifier dans notre propre quotidien ? »
Cette nuance est importante. Le survivalisme pragmatique ne consiste pas à prédire l'apocalypse. Il consiste à réduire les conséquences d'événements difficiles mais possibles : panne électrique prolongée, intempéries, rupture d'approvisionnement, inondation, problème informatique, crise sanitaire ou isolement temporaire.
1. Notre confort repose sur des systèmes invisibles
L'une des grandes qualités du roman est de rendre visibles des infrastructures auxquelles nous ne pensons presque jamais.
Lorsque nous ouvrons un robinet, l'eau arrive. Lorsque nous appuyons sur un interrupteur, la lumière s'allume. Lorsque nous faisons nos courses, les rayons sont approvisionnés.
Pourtant, derrière ces gestes extrêmement simples se trouvent des systèmes complexes :
- production et distribution d'électricité ;
- traitement et distribution de l'eau ;
- télécommunications ;
- transports ;
- informatique ;
- chaînes logistiques ;
- systèmes bancaires et de paiement ;
- distribution de carburant ;
- réfrigération et conservation des aliments.
Nous avons tendance à considérer ces services comme acquis.
La première leçon de Une seconde après est donc d'identifier nos propres dépendances.
Une question simple permet déjà de commencer :
« Que se passerait-il chez moi si ce service disparaissait pendant 24 heures ? Et pendant une semaine ? »
Cette réflexion ne demande aucun équipement particulier. Elle demande simplement un peu d'observation.
2. L'eau doit rester une priorité
Le roman rappelle une évidence parfois oubliée dans nos sociétés modernes : l'eau est une ressource prioritaire.
Nous pouvons nous passer pendant un certain temps de nombreuses commodités. Télévision, Internet, achats en ligne ou voiture ne sont pas indispensables à notre survie immédiate.
L'eau potable est une tout autre affaire.
Une préparation familiale raisonnable peut donc commencer par quelques questions très concrètes :
- Quelle quantité d'eau potable avons-nous réellement à disposition ?
- Comment la stocker correctement ?
- Comment la traiter si nécessaire ?
- Comment réduire notre consommation en cas de coupure ?
- Avons-nous prévu les besoins des enfants et des animaux domestiques ?
Ce n'est peut-être pas l'aspect le plus spectaculaire du survivalisme.
C'est pourtant l'un des plus fondamentaux.
3. Quelques jours d'autonomie peuvent déjà faire une grande différence
Une erreur fréquente dans le survivalisme consiste à penser immédiatement en termes d'effondrement total.
On imagine devoir être autonome pendant des mois, voire des années.
Cette approche peut rapidement devenir anxiogène et décourageante.
Une méthode beaucoup plus pragmatique consiste à progresser par étapes :
- 24 heures d'autonomie ;
- 72 heures ;
- une semaine ;
- puis davantage si cela correspond réellement à nos besoins et à notre situation.
Une petite réserve alimentaire et quelques litres d'eau peuvent déjà permettre d'éviter une réaction précipitée au premier problème.
Une lampe autonome évite de vider la batterie du téléphone pour s'éclairer.
Une radio fonctionnant sans réseau Internet peut permettre de continuer à recevoir certaines informations.
La préparation crée surtout une chose : du temps.
Et en situation de crise, avoir du temps pour réfléchir et décider est extrêmement précieux.
4. Les compétences comptent davantage que l'accumulation de matériel
Le survivalisme est parfois associé à l'accumulation d'équipements.
Pourtant, un objet ne vaut réellement que si nous savons l'utiliser.
Quelques compétences particulièrement utiles peuvent être développées progressivement :
- cuisiner sans dépendre entièrement de l'électricité ;
- stocker et conserver correctement certains aliments ;
- traiter de l'eau ;
- utiliser une trousse de premiers secours ;
- faire de petites réparations ;
- utiliser des outils manuels ;
- s'orienter avec une carte papier ;
- communiquer lorsque les moyens habituels sont indisponibles ;
- organiser une évacuation familiale.
Une batterie peut être vide. Un appareil peut tomber en panne. Un équipement peut être perdu.
Une compétence, elle, reste avec nous.
5. La nourriture : penser en termes de résilience
Une seconde après montre les conséquences potentiellement importantes d'une rupture brutale de l'approvisionnement alimentaire.
Dans notre quotidien, nous dépendons de nombreux éléments pour nous nourrir :
- supermarchés ;
- transports ;
- électricité ;
- réfrigérateurs et congélateurs ;
- systèmes de paiement ;
- approvisionnement en eau.
Disposer d'une réserve raisonnable permet simplement de gagner en autonomie temporaire.
Il n'est pas nécessaire de transformer son logement en entrepôt.
Une solution particulièrement simple consiste à appliquer le principe du stock tournant :
On achète ce que l'on consomme, on consomme ce que l'on stocke et on remplace progressivement ce qui a été utilisé.
Cette méthode permet d'éviter de dépenser beaucoup d'argent dans des aliments que personne ne mangera.
6. La résilience est aussi une affaire humaine
C'est probablement l'un des aspects les plus intéressants du roman.
Lorsqu'une crise survient, les difficultés ne sont pas uniquement techniques.
Il faut communiquer, prendre des décisions, répartir les ressources, résoudre les conflits et aider les personnes les plus vulnérables.
Le survivalisme réduit parfois la préparation à une confrontation entre « soi » et « le reste du monde ».
La réalité est beaucoup plus nuancée.
La coopération est elle-même une capacité de résilience.
Connaître ses voisins peut avoir une valeur considérable. L'un sait peut-être réparer une installation, l'autre possède des compétences médicales, un autre encore dispose d'un véhicule ou d'outils.
Un réseau humain solide peut être une ressource aussi importante que beaucoup d'équipements.
7. Communiquer quand les moyens habituels ne fonctionnent plus
Notre société dispose aujourd'hui de nombreux moyens de communication : téléphone, Internet, messageries, réseaux sociaux et courrier électronique.
Mais beaucoup de ces outils dépendent finalement d'infrastructures communes.
Une panne importante peut donc perturber plusieurs moyens de communication simultanément.
Quelques précautions simples peuvent être utiles :
- conserver les numéros importants sur papier ;
- définir un point de rendez-vous familial ;
- connaître une personne-relais située hors de la zone concernée ;
- disposer d'un moyen de recevoir des informations indépendamment d'Internet ;
- connaître les sources officielles d'information disponibles localement.
La question n'est donc pas seulement :
« Que vais-je faire ? »
Il faut aussi se demander :
« Comment vais-je savoir ce qui se passe ? »
8. Préparer des réponses plutôt que prédire les catastrophes
Il est facile de se perdre dans les scénarios catastrophes : EMP, cyberattaque, guerre, crise économique, catastrophe naturelle ou effondrement des infrastructures.
Une approche plus sereine consiste à préparer des capacités générales.
En cas de coupure d'électricité
- prévoir un éclairage autonome ;
- avoir des batteries ou moyens de recharge adaptés ;
- prévoir une solution sûre pour préparer les repas ;
- réfléchir à la conservation des aliments ;
- prévoir un moyen de recevoir des informations.
En cas de coupure d'eau
- disposer d'une réserve adaptée ;
- connaître les méthodes de traitement appropriées ;
- réduire temporairement la consommation ;
- prévoir les besoins d'hygiène.
En cas de problème d'approvisionnement
- avoir quelques aliments de base ;
- disposer des produits d'hygiène essentiels ;
- anticiper les besoins médicaux courants dans le respect des prescriptions ;
- ne pas dépendre d'un seul moyen de paiement.
En cas d'évacuation
- connaître plusieurs itinéraires ;
- rassembler les documents importants ;
- prévoir eau et nourriture pour le trajet ;
- définir un point de rendez-vous ;
- prendre en compte les besoins particuliers de chaque membre du foyer.
On n'a alors plus besoin de savoir exactement quelle catastrophe pourrait survenir.
On développe simplement des capacités utiles dans plusieurs situations.
9. Savoir vivre avec moins est une véritable compétence
Une autre leçon intéressante est la valeur de la sobriété.
Nous dépendons énormément de l'électricité, d'Internet, des transports, de la voiture et des appareils automatisés.
Savoir fonctionner temporairement avec moins peut donc renforcer notre autonomie.
Cela peut commencer très simplement :
- cuisiner régulièrement soi-même ;
- apprendre quelques techniques de conservation ;
- savoir réparer de petits objets ;
- posséder quelques outils manuels ;
- savoir lire une carte papier ;
- pouvoir passer quelques heures sans Internet ;
- connaître les fonctions essentielles de son logement : eau, gaz, électricité, chauffage.
Il ne s'agit pas de rejeter la modernité.
Il s'agit simplement de savoir fonctionner lorsque certains éléments de cette modernité deviennent temporairement indisponibles.
La préparation ne doit pas devenir une source de peur
C'est peut-être la principale leçon à retenir de Une seconde après.
Un roman catastrophe peut facilement nous entraîner vers des scénarios toujours plus inquiétants.
On commence par réfléchir à une panne de courant et, quelques heures plus tard, on imagine déjà l'effondrement complet de la société.
Ce n'est pas nécessairement une bonne manière de se préparer.
Une préparation saine devrait plutôt diminuer l'anxiété en augmentant notre marge de manœuvre.
Avoir de l'eau.
Avoir quelques jours de nourriture.
Posséder une trousse de premiers soins.
Avoir une lampe fonctionnelle.
Connaître ses voisins.
Savoir couper l'eau et l'électricité de son logement.
Posséder quelques outils.
Avoir un plan familial.
Ce sont des mesures de bon sens, bien plus que des préparatifs pour « la fin du monde ».
Une seconde après : que retenir du roman ?
Si l'on met de côté le spectaculaire et les situations propres à la fiction, Une seconde après constitue surtout un exercice intéressant sur notre dépendance aux infrastructures modernes.
Le roman nous invite à poser quelques questions très concrètes :
- Combien de temps pouvons-nous rester chez nous sans faire de courses ?
- Quelle quantité d'eau avons-nous réellement disponible ?
- Que ferions-nous si Internet disparaissait pendant plusieurs jours ?
- Comment préparerions-nous un repas sans électricité ?
- Comment retrouverions-nous nos proches ?
- Que se passerait-il si notre voiture était inutilisable ?
- Quels sont les produits réellement indispensables à notre foyer ?
- Quelles compétences nous manquent aujourd'hui ?
Ces questions sont beaucoup plus utiles que de chercher à prédire le prochain scénario catastrophe.
Le survivalisme pragmatique : préparer le réel plutôt que fantasmer l'apocalypse
Une seconde après reste une œuvre de fiction. Il ne faut ni considérer chacune de ses hypothèses comme une certitude, ni laisser son aspect dramatique alimenter une peur permanente.
En revanche, le roman constitue un excellent outil de réflexion sur la résilience.
Sa véritable utilité n'est peut-être pas de nous apprendre à survivre à une catastrophe extraordinaire.
Elle est de nous faire prendre conscience des fragilités ordinaires de notre quotidien :
- une coupure de courant ;
- une rupture temporaire d'approvisionnement ;
- une intempérie ;
- une panne informatique ;
- une évacuation ;
- une coupure d'eau ;
- une difficulté de transport ou de communication.
Dans toutes ces situations, les mêmes qualités reviennent :
prévoir, simplifier, apprendre, stocker raisonnablement, communiquer et coopérer.
C'est peut-être cela, le véritable survivalisme pragmatique.
Pas vivre dans la peur de la fin du monde.
Mais construire suffisamment de résilience pour que, lorsque quelque chose tourne mal, nous ayons encore des options.
Et finalement, c'est peut-être la meilleure leçon que l'on puisse tirer de Une seconde après :
On ne se prépare pas parce que l'on pense que la catastrophe va forcément arriver. On se prépare parce que les imprévus font partie de la vie.
À retenir
- Identifier ses dépendances est le premier pas vers l'autonomie.
- L'eau et l'alimentation sont des priorités simples à traiter.
- 72 heures d'autonomie constituent déjà un objectif concret et accessible.
- Les compétences sont souvent plus importantes que l'accumulation de matériel.
- La communication et l'entraide font partie intégrante de la résilience.
- Préparer des capacités générales est plus utile que de chercher à prédire une catastrophe précise.
- La préparation doit rassurer et donner des options, pas alimenter la peur.
Une seconde après est donc moins intéressant comme prophétie de l'effondrement que comme invitation à regarder autrement notre quotidien.
Et parfois, commencer à se préparer consiste simplement à se demander : « De quoi aurais-je besoin si demain, pendant quelques jours, les choses ne fonctionnaient plus comme d'habitude ? »

Commentaires
Enregistrer un commentaire